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Antonio Orensanz

 Hommage à mon père

Le jeune homme en chemise blanche entre le général Ortiz à sa gauche (droite de l'image) et un compagnon  était mon père.

Ce jeune berger des Pyrénées avait vingt trois ans quand la guerre civile éclata en Espagne.

Originaire de Hecho, village des Pyrénées aragonais, il avait fait son service militaire et était sorti de l'armée , promu sergent.

Influencé par les idées avancées anarcho-syndicaliste, il avait adhéré à la CNT  (confédération nationale du travail) de son village de Hécho.

Quand la guerre éclate, son village était du coté des "blancs" des franquistes. Ceux ci l'appelèrent pour servir dans les armées "nationalistes de Franco. Mon père refusa de rejoindre Franco et les rebelles à la République .Il longea les Pyrénées et rejoignit les troupes républicaines en Catalogne à Barcelone et le général Antonio Ortiz qui forma une seconde colonne, pour se battre sur le front d'Aragon. Cette colonne fut constituée de volontaires souvent inexpérimentés. Mon père fut  un des lieutenant de général "sans dieu ni maitre".

Les événements s'accèlèrent.

.Pendant trois ans  il  va se battre . A la fin de la guerre il sera   capitaine. Encerclé  par trois bataillons il doit se rendre . Le général franquiste arrive  sur son cheval félicite les trois officiers républicains pour  leur courage.

Deux capitaines seront fusillés .  Mon père  sera conduit dans un cachot avec les condamnés à mort. Il y restera un an dans le froid, la saleté, la faim et la peur..

Malade il manquera mourir. Son cousin germain "Angel" guardia civil qui combattit avec les franquistes, lui sauvera la vie en lui apportant de l'aspirine et d'autres remèdes et  soudoyera les gardes pour apporter un peu de réconfort à son cousin.....

Une pétiton lancée dans son village natal de" Hécho" parlera en sa faveur . Il aura deux procès : un qui le condamnera à vingt ans de prison, un autre à six ans, avec interdiction de séjourner à Hécho. La caution versée par le village lui permettra une libération anticipée ..Au bout de six ans de prison  en  1945, Antonio repartit pour son village dans des conditions rocambolesques (voir livre "Manana demain", qui est en ligne  sur  Lithistart).

Compromis avec le maquis qui essayait  de libérer l'Espagne de Franco, il fut obligé de fuir en passant clandestinement la frontière. Il se réfugia en France où il  demanda l'asile politique.

Il fut conduit "dans un camp à Bordeaux" puis,  à  Givors, enfin à  Saint Chamond dans la Loire.

Là , il retrouvera de nombreux Espagnols réfugiés comme lui : la grande colonie à St Etienne "au Soleil" des combattants Espagnols en exil .

Deux amis seront présents tout au long de sa vie : Miguel Zapatta qui occupa pendant la guerre civile une place de haut niveau dans "les collectivités d'Aragon", et Narcis Tomé, commissaire de la République, "condamné à mort par Franco.

Antonio et ses amis , continueront  la lutte en exil avec la CNT de la Loire..

..Il se mariera aura trois filles, et travaillera pendant plus de trente ans "A la Seda" "la Soie d'Izieux..

Il est retourné après vingt ans d'exil en `Espagne en 1966, dans son village, avec  sa famille . Ce retour décrit dans "Manana demain" explique comment à la frontière à Canfran lorsque tous les voyageurs du train avaient récupéré leurs passeports , Antonio attendait  le sien  que la guardia civil ne lui rendait pas .

L'officier gradé avait téléphoné à Madrid

Antonio fut convoqué au bureau du chef de la police :

-"Vous avez fait parti du maquis ?" dit le chef de la guardia civil à Antonio .

-Je n'ai rien à voir avec le maquis ! Répondit avec beaucoup d'aplomb Antonio.

Tous deux savaient qu'il s'agissait d'un mensonge. Antonio avait fait sauté les ponts avec quelques guerilleros, avant de se réfugier en France, espérant la libération prochaine de l'Espagne.

-Qu'êtes- vous venu faire en Espagne, aujourd'hui ? questionna encore l'officier

-Je suis venu voir ma famille et présenter mes enfants  !

L'officier regarda les passeports , observa la femme et les filles d'Antonio et finalement lui remit les documents 

Durant tout le séjour, Antonio et sa famille furent suivis.

L'accueil qu'Antonio reçut dans son village natal, dans sa famille à Saragosse fut digne d'un grand film d'émotion : " le héros qui retourne chez lui " : embrassades, pleurs, cris , attroupements.

Il retourna en Espagne en 1967, en 1975 à Hécho quelques mois avant la mort du dictateur ., puis en 1980 et en 1986...

Le 6 novembre 1992  cela fait 30 ans , il décédera à Izieux à 79 ans, là où il avait vécu travaillé et élevé ses filles sans avoir eu le désir de retourner en Espagne  pour y finir ses jours.

 Aujourd'hui  c'est une date anniversaire  : la disparition d'un homme libre .

Sur sa tombe est inscrit : " capitaine de l'armée républicaine guerre d'Espagne" .

 Antonio Orensanz :le jeune homme au centre ,à la cheminse blanche avec les bretelles entrecroisées et l'état major du général Ortiz à droite appuyé sur la traction.

Antonio Orensanz :le jeune homme au centre ,à la cheminse blanche avec les bretelles entrecroisées et l'état major du général Ortiz à droite appuyé sur la traction.

Tag(s) : #Au lieutenant Antonio Orensanz, #dictionnaire guerre d'Espagne
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