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Noël dans les Cévennes

 

Joaquim était venu passer les vacances de Noël chez Jeannot, son grand père .

Il aimait bien ce vieux monsieur si gentil qui vivait dans les montagnes Cévenoles à proximité du Mont Lozère qui culmine à 1699 mètres d'altitude.

Jeannot vivait dans un hameau avec une trentaine de fermiers .Il était éleveur de moutons. L'été, son petit fils l'accompagnait dans les pâturages .L'hiver, les bêtes restaient confinées dans la bergerie. Le Noël dernier, le grand père avait offert à Joaquim un petit chien « Pipo » qui ne quittait jamais le petit garçon. Cela faisait déjà une bonne semaine que Joaquim avait débarqué chez son grand père . Ce matin là ,il était neuf heures à peine quand le vieux monsieur appela son petit fils :

-Je dois m'absenter .Oh pas très longtemps, au plus deux heures. Je vais au village, si tu as besoin de quelque chose, va chez Louise et Robert . Ils sont au courant. Ils s'occuperont de toi pour ton repas de midi si je ne suis revenu . Tu peux décorer le sapin que je viens de couper. Tu peux aussi ranger la maison, surveiller le feu dans la cheminée et jeter un coup d'oeil à la bergerie et aux bêtes : la belle « Gloria » va mettre bas. A tout à l'heure et surtout ne vas pas gambader par ce froid !

-Oui ! Dit pensivement Joaquim.
Grand père prit sa camionnette et démarra .Joaquim , rangea la maison, décorera le sapin et descendit à la bergerie. Son petit chien Pipo à ses trousses. Là il eut la désagréable surprise de constater que la belle « Gloria » comme l'appelait son papy ,n'y était plus. Où était -elle passée ?

C'était une brebis indépendante qui aimait faire des fugues..Il la chercha partout , actionna son sifflet comme son grand père faisait pour rappeler les brebis égarées .En vain ! Pas de Gloria. Le petit chien se mit alors à renifler sa trace. Il était déjà onze heures . Joaquim prit sa doudoune très chaude , ses gants son bonnet et sa grosse écharpe et suivit son chien . Ils marchèrent ainsi une bonne heure s'éloignant de plus en plus du hameau. Puis Pipo entama la montée dans la montagne. Joaquim pensa que la brebis ne devait plus être bien loin. Le soleil radieux l'invita à poursuivre.

Le temps passa deux heures à grimper , puis Pipo se mit à aboyer : ça y est ! Il venait de trouver Gloria étendue dans la neige qui venait de mettre au monde un petit agnelet tout chétif qui tremblait de froid. L'enfant enveloppa le nouveau né dans sa grosse écharpe de laine, et le frictionna. Il recouvrit aussi la mère de son pull de laine, sa doudoune bien chaude lui suffisait. Il avait tant transpiré lors de la montée. Mais le temps se mit à changer. C'est comme cela en montagne ! Tous les montagnards le savent : en quelques minutes la météo peut évoluer : le grand soleil radieux , la chaleur et le magnifique ciel bleu firent place au brouillard, au froid et aux flocons .Il se mit à neiger très fort. Joaquim décida de repartir aussitôt, en portant le petit agneau. Mais dans le brouillard l'enfant et Pipo se perdirent s'éloignant de plus en plus de leur chemin. Les heures passèrent.

A présent, il était quatre heures mais on eut dit qu'il était plus tard : le jour s'était presque couché, et la tempête redoublait d'intensité .Le brouillard empêchait Joaquim de s'orienter. Fatigué de porter l'agnelet et de tirer la brebis ,il s’arrêta et posa le petit. Sa doudoune ne lui suffisait plus : il ressentit alors le froid le surprendre . Il se reposa un peu lorsqu'il crut voir à travers le brouillard ,des yeux le fixer à quelques à mètres . Des chiens ? Des chiens des amis des bergers et fermiers venus le secourir ! Pipo se mit à gémir , de ce râle qui présage un danger .Bien vite, l'enfant déchanta : ces huit yeux hostiles brillants étaient ceux de quatre loups qui les observaient : lui , son chien et les deux moutons les bêtes sauvages attendaient le moment pour se jeter sur eux ! Des loups dans les Cévennes ?

Etait -ce possible ?Il se souvient d'une discussion animée l' été dernier , autour du retour du loup ici dans les Cévennes : ceux qui n'y croyaient pas et parlaient de blagues et le brave Gaspard qui assurait avoir vu des loups sur les versants du Mont Lozère, là où ils se trouvaient . Gaspar disait que les loups étaient très sensibles aux bruits et surtout à celui du sifflet des bergers .Ce bruit les incommodait et pouvait les éloigner un temps. On s'était encore moqué de lui. Mais Joaquim l'avait pris au sérieux tout comme Grand père d'ailleurs. Gaspar aurait -il eu raison contre tous ?Joaquim prit son sifflet et se mit à souffler .L'écho de la montagne lui répondit .Les loups surpris reculèrent. Le petit garçon avait entendu Gaspar dire aussi que ces bêtes craignaient le feu. Il avait gardé dans sa doudoune la boite d'allumettes devant servir pour éclairer les bougies du sapin. Il coupa précipitamment des branches et les enflamma .Les loups qui s'étaient rapprochés, reculèrent de plusieurs pas , tenus à distance par l'enfant qui remuait les branches en feu dans leur direction. Joaquim siffla encore espérant que son signal soit perçu tout en brûlant les branches .Il tint ainsi une heure .

La nuit était à présent intense , sombre, glaciale. La fatigue l'angoisse et le froid avaient gagné : l'enfant n'osait plus avancer au risque de se retrouver face à face avec les loups. Il se croyait perdu lorsqu' il fit une ultime tentative en sifflant de toutes ses forces sans discontinuer durant cinq minutes. Epuisé , il posa son sifflet sur la neige, s'assit ,serra contre lui la brebis, l'agnelet et le petit chien et s'assoupit quelques instants .Lorsqu'il rouvrit les yeux, il vit des étoiles filantes percer le ciel si noir, des dizaines d'étoiles , de toutes les couleurs , des lumières éclatantes qui retombaient comme un feu d'artifice accompagnées d'un bruit assourdissant.

Joaquim perçut aussi des aboiements de chien qui se rapprochaient .Il comprit que les hommes n'étaient plus très loin . Ces étoiles étaient des fusées lancées pour éclairer la montagne et annoncer leur arrivée. Ils avaient entendu le sifflet . Alors Joaquim se remit à siffler, encore et encore .Les forces lui étaient revenues. Puis des coups de fusils retentirent et les loups déguerpirent en hurlant de colère .Il était temps ! Joaquim s'écria :

-Nous sommes là ! nous sommes là ! Grand père se précipita.

Mon petit ! Mon petit ! j'ai eu si peur !
Pardon Grand père ! mais je voulais retrouver Gloria et son petit. Et tu les a retrouvés et sauvés ! Pleurait le grand père .

Femmes , hommes du village et du hameau, étaient partis à sa recherche depuis des heures. Gaspar avait pris son fusil et ses deux chiens, deux braves padous qui savaient pister les bêtes et les humains. Ce furent ses chiens qui guidèrent l'équipe de secours dans la montagne, jusqu'aux rescapés. On ramena au hameau l'enfant ,Pipo et les moutons .

Les parents en larmes, serrèrent leur fils très fort dans leurs bras.
Cette nuit là on ne fêta pas Noël à l'église ,mais dans le chalet du Grand père et dans sa bergerie. On célébra ce sauvetage comme il se devait : en partageant les délicieux mets et desserts apportés par chacun. Joaquim raconta maintes fois à l'assemblée , sur sa demande, son périple comment il avait retrouvé Gloria et son petit , comment il avait tenu tête aux quatre loups .Il remercia Gaspar et ses chiens pour avoir guidé les secours jusqu'à lui , mais aussi pour lui avoir appris des choses essentielles : l'utilité d'avoir d'un sifflet et comment éloigner les loups grâce au feu, ces petits conseils pratiques qui venaient de sauver la vie de la brebis, de l'agnelet de Pipo et la sienne.

Tous furent enfin convaincus du retour effectif du loup dans Cévennes et ......de ce petit « miracle de ce Noël « .

 

Tag(s) : #Noel dans les Cévennes, #Conte de noel
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