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Témoignage d'une enfant 

sur "la guerre d'Algérie'

Il y a 57 ans aujourd'hui , le cessez le feu était proclamé en Algérie et enFrance après une guerre qui a duré 8 ans

J'avais dix ans , j'étais en CM2 dans une école de filles : l'école laïque d'Izieux ( commune de Saint- Chamond 42).

Ce que j'ai gardé comme souvenir de cette terrible guerre ?

- d'abord  le souvenir de mon  jeune cousin âgé à peine de Vingt ans  qui venait de finir son service militaire , Michel (on l'appelait affectueusement "Mimi")  : il venait d'être  appelé. Sa famille se faisait un sang  d'encre . Sa mère (ma tante) en avait perdu le sommeil et l'appétit. La vie s 'était arrêtée pour elle le jour où elle vit partir le plus jeune de ses fils pour se battre dans un conflit qui lui était totalement étranger. Mimi prit le  train avec ses camarades tous  appelés, tous jeunes hommes vaillants , persuadés que la guerre n'allait pas durer que quelques mois. 

Et puis l'attente de les lettres de mon cousin , la peur chaque jour de la mauvaise nouvelle, l'écoute permanente de la radio et pour finir, le retour de "Mimi", le soulagement  et la vie qui a repris. Nous avions compris , cependant, en l'observant que  rien ne serait comme avant : avant l'Algérie avant la sale guerre.Toujours souriant "Mimi" avait pris de la gravité dans son regard et dans on attitude.Il ne nous  parla jamais de la guerre d'Algérie.

-la peur de l'OAS : (l'armée secrète putschiste) .Sur le murs on voyait écrire à la craie "vive l'OAS "ou "mort à l'OAS" .Les attentats sanglants et la tentative d'assassinat de de Gaule  avaient plongés la France dans la peur. Je me souviens qu'un jour à l'école, une de mes camarades" Josiane" s'étant disputée avec une autre camarade  "Jocelyne".celle-ci  avait traité le père de Jocelyne d"'OAS ".

Jocelyne vexée et en larmes s'était plaint  à notre maitresse. L'institutrice avait pris l'affaire très au sérieux . Elle avait grondé  Josiane et par la même occasion en avait profité pour dire à ses élèves " injurier les adultes d'OAS est un délit et peut mener très loin car cela est grave, très grave. Certaines personnes peuvent penser que c'es t la vérité et peuvent venir arrêter et mettre en prison le père de Jocelyne alors qu il est innocent .Josiane avait du faire des excuses devant  la famille de Jocelyne et toute l'école.​​​​​​​

-Les exécutions faites par les appelés

"On avait du obéir aux ordres" car si non c'était nous que les officiers auraient abattus"

​​​​​​​Ce témoignage d'un combattant d'Algérie, nous l'écoutâmes  époustouflés  un jour dans un café à la sortie d'une séance de cinéma. Le jeune soldat  ,un peu éméché avait besoin de parler .

​​​​​​​"Le capitaine s'était posté derrière  le peloton d'exécution.Il nous fallait tirer sur les fellagas alignés : les combattants algériens pour l'indépendance..."

​​​​​​​On n'était pas fiers,  j'avais honte mais enfin c'était eux ou nous ! On en a voulu aux officiers

"​​​​​​​Je me réveille parfois la nuit je crois voir les fellagas.​​​​​​​

L'exode des pieds noirs et leur arrivée dans nos villes

​​​​​​​Je me souviens un matin à la sortie de l'école il était onze heures.La petite place d'Izieux était occupée par des familles assises sur les bancs : c'était les "pieds noirs ". La mairie les recevait pour les  recenser.Ils étaient là avec leurs valises, le visage hagard ,fatigués, ils mangeaient un bout de saucisse, du pain  une pomme. C 'était le printemps ,mais pour eux ,c'était l'hiver ! Certains pleuraient amèrement.

Je me souviens que le soir à 17 h 30 après l'étude , alors que je croyais retrouver la place vide et libérée, il y avait d'autres rapatriés  encore plus nombreux : la place était toujours  noire de monde.

​​​​​​​Enfant de réfugiés moi même ,je mesurai alors ce qu'avait du être l'arrivée en France des milliers de réfugiés comme mon père ou ma mère leur état d'âme, leur souffrance leur humiliation , leur désespoir.

​​​​​​​Algérienne- harkie-  pieds noirs dans une même école  

​​​​​​​Des fillettes françaises rapatriées d'Algérie Josette et Chantal s'inscrivirent  dans  notre école. Nous ressentîmes une  gêne vis- à -vis de Zorra et Louisa  nos camarades depuis la maternelle.

​​​​​​​Zorra était algérienne son père était venu avant le conflit  algérien travailler en France.

​​​​​​​Le père de Louisa avait été soldat dans l'armée française pendant  la seconde guerre mondiale et était resté fidèle à la France.

​​​​​​​On évita le sujet et la scolarité se finit très bien.

 

 

Tag(s) : #témoignage d'une enfant guerre d'Algérie, #Histoire
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