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L'autre 8 mai 45, oublié

Algérie : soulèvement  pour

l'indépendance  

Contexte

l'Afrique du nord a été la base de replie des alliés  pour combattre l'Europe occupée par Hitler.Les anciennes colonies françaises du Maghreb : Algérie,Tunisie et Maroc  fournirent  des contingents d'hommes nombreux durant la première guerre mondiale et au cours de la seconde. 

Des sénégalais et d'autres peuples d'Afrique participèrent aux  deux  guerres mondiales . Lorsqu'il  fallut organiser une  division pour libérer l'Europe , les Américains ne voulurent  pas que des "noirs" débarquent les premiers  ! Ce qui contraria fortement le maréchal Leclerc et ses troupes. Ce furent les  républicains espagnols  qui libérèrent Paris  avec la division Leclerc...

Revenons en Algérie.

La mise en œuvre des principes de la Révolution nationale et des lois du régime de Vichy en Algérie, en particulier par Weygand, avait concouru à y maintenir l'ordre colonial.

Mais, avec le débarquement américain en novembre 1942,  les conditions

politiques changent. L'entrée en guerre de l'Afrique du Nord aux côtés d

des Alliés qui se préparent se traduit par une importante

mobilisation : 168 000 Français d'Afrique du Nord sont mobilisés, 

soit vingt classes. La population d'Européens en Afrique du Nord

étant à cette époque de 1 076 000 personnes 

l'effectif sous les drapeaux en représentait 15,6 %, soit une personne sur six ou sept. Il faut

donc souligner la faiblesse des effectifs laissés sur place8.

Pour la première fois est appliquée la conscription aux musulmans qui

jusqu'alors en étaient dispensés, ce qui en conduit environ, sur quelque sept millions, d'algériens, 150 000

sous les drapeaux

source Wikipédia

Le désir d'indépendance 

Le mouvement indépendantiste algérien est né bien avant la seconde guerre mondiale.Comme dans de nombreuses colonies européennes, et américaines après la première guerre mondiale et le printemps des peuples (nouveaux états apparus au traité de Versailles) ,les anciennes colonies ont revendiqué leur  droit à l'autodétermination. Entre les deux guerres, ces courants indépendantistes se sont peu à peu structurés .

Après la défaite allemande 1945, influencés par les événements internationaux, libération de la France de l'Europe du fascisme,  les Algériens  revendiquent  à leur tour la liberté et l'indépendance pour leur pays 

L'hostilité envers les alliés et les français 

Un informateur prévient  déjà en 1943  : "Les sentiments anti-alliés dominent maintenant très nettement chez les Arabes et la proportion des agitateurs ne cesse de grandir. Le sabotage pour créer des mécontents continue de plus belle dans les douars où aucune surveillance n'est opérée. Le ravitaillement est toujours aussi lamentable .Il y a collusion pour envoyer à l'Armée des êtres mal formés, des estropiés. Les éléments sains restent chez eux. L'insoumission devient une règle. Toute cette contrée est acquise à Ferhat Abbas chef indépendantiste)  et professe maintenant les idées de son chef. Elle oppose aux décisions de l'autorité une résistance passive et quelquefois active. Les gendarmes et les autorités sont exécrées, les Européens deviennent des ennemis ouverts […], les vols se succèdent, le marché noir reprend une ardeur inaccoutumée.

Ainsi les Algériens ne se sentent pas concernés par la guerre des Français  ce n'est pas leur guerre! Mais ils vont utiliser la victoire du 8 mai pour revendiquer à  leur tour "la libération "de leur pays par  l'occupant : leur indépendance 

Les prémices du  soulèvement 

Au printemps 1945, l'ambiance est tendue parmi la population européenne où circulent des bruits alarmistes prédisant un soulèvement musulman. D'autant que l'Algérie connaît depuis quelques mois une situation alimentaire catastrophique, résultat de l'absence de presque tous les hommes valides. Messali Hadj, principal dirigeant du Parti du peuple algérien (PPA), est déporté àBrazzaville le 23 avril 1945. Le PPA organise le 1er mai, dans tout le pays, des manifestations qui se veulent pacifiques et sans armes, et où pour la première fois est brandi un « drapeau algérien ». Les manifestations se passent dans le calme sauf à Alger et Oran où ont lieu des affrontements avec la police ; la répression est brutale et fait plusieurs morts, deux à Alger et un à Oran 

Quelques jours plus tard, c'est l'annonce de la reddition allemande

et de la fin de la guerre : des manifestations sont prévues un peu partout

pour le 8 mai.

Le soulèvement  du 8 mai

À Sétif, une manifestation nationaliste, géographiquement séparée des manifestations officielles, est autorisée à condition qu'elle n'ait pas de caractère politique : « aucune bannière ou autre symbole revendicatifs, aucun drapeau autre que celui de la France ne doit être déployé. Les slogans anti-français ne doivent pas être scandés. Aucune arme, ni bâtons, ni couteaux ne sont admis

Cette manifestation commence à envahir les rues dès h, estimée à plus de 10 000 personnes, chantant l’hymne nationaliste Min Djibalina (De nos montagnes), défile avec des drapeaux des pays alliés vainqueurs et des pancartes « Libérez Messali », « Nous voulons être vos égaux » ou « À bas le colonialisme ». Vers h 45 surgissent des pancartes « Vive l'Algérie libre et indépendante » et en tête de la manifestation Aïssa Cheraga, chef d'une patrouille de scouts musulmans, arbore un drapeau vert et rouge. Tout dérape . Des tirs sont échangés entre policiers et manifestants..... Un jeune scout

 fut  tué;

Alors que l'émeute se calme à Sétif, dans le même temps, des émeutes éclatent aux cris du « djihad » dans la région montagneuse de petite Kabylie, dans les petits villages entre Bougie et Djidjelli.

Des fermes européennes isolées et des maisons forestières

sont attaquées et leurs occupants assassinés, souvent dans des conditions

particulièrement atroces.

Le mouvement s'étend très rapidement, et, l'après-midi même à Guelma,

Une manifestation s'ébranle. À 16 h 00, les manifestants démarrent du

cimetière Kermat (Place des figuiers) 

Les policiers et les gendarmes chargèrent

.Il y eut un mouvement de panique parmi les manifestants avec beaucoup

 de blessés, dont un mortellement blessé qui décéda à minuit.

Les manifestants sont refoulés hors Guelma . Les officiers de

garnison occupèrent alors les carrefours en faisant des barrages

(avec mot de passe), les cafés furent fermés et un couvre-feu fut instauré.

Le sous-préfet dispose de trois compagnies de tirailleurs en formation, tous musulmans. Il consigne la troupe et fait mettre les armes sous clés. Un bataillon d'infanterie de Sidi-Bel-Abbès, convoyé par des avions prêtés par les Américains, arrive le 9 dans la journée pour évacuer des petits villages d'« Européens » qui sont encerclés par les émeutiers.

Achiary officialise la milice « comité de vigilance » pour mater la « révolte intérieure des arabes » il déclare : « J’estime les événements assez graves pour, compte tenu de l’insuffisance de mes moyens, recourir à l’aide des hommes valides de la ville ». La milice rassembla officiellement 280 hommes. 78 miliciens disposaient d’armes de guerre et 120 hommes étaient armés de fusils de chasse.

Dans des fermes isolées des environs de Guelma , 11 Européens sont tués le 9 mai en signe de représailles.

 

 A Kherrata 

Du coté des algériens des centaines de personnes ont été abattues une à une avant d'être balancées mortes ou vivantes dans les ravins profonds des gorges de Kherrata

Du coté français la riposte indépendantiste  est terrible : le nombre total d'Européens tués  femmes enfants, vieillard, hommes est de 102 . Elle s'opère surtout dans des fermes isolées sans protection et concerne meme les français favorables aux indépendantistes, des gens de gauches , des intellecutels...

 

La repression 

Le croiseur Duguay-Trouin et le contre-torpilleur Le Triomphant, tirent plus de 800 coups de canon depuis la rade de Bougie sur la région de Sétif

. L'aviation bombarde et rase plus ou moins complètement plusieurs

agglomérations. Une cinquantaine de « mechtas » sont incendiées.

Les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et elles tirent

à distance sur les populations. Les blindés sont relayés par les militaires arrivés en convois sur les lieux, à l’image d’une milice de 200 personnes qui se forme à Guelma sous l'impulsion du sous-préfet Achiary qui distribue toutes les armes disponibles28, soit les 60 fusils de guerre qui équipaient les tirailleurs et se livre à une véritable chasse aux émeutiers. Pendant deux mois28, l'Est de l'Algérie connaît un déchaînement de folie meurtrière. De nombreux corps ne peuvent être enterrés, ils sont jetés dans les puits, dans les gorges de Kherrata.

À Guelma, le 9 mai, le sous-préfet Achiary, et chef de la milice, établit un tribunal

expéditif

 Devant les corps des européennes assassinés, la colère des autorités coloniales est sans retenue .Le 15 mai, les 45 scouts musulmans de la troupe "Enoudjoum" sont exécutés. .

Les massacres continuèrent jusqu'à ce que le ministre de l’Intérieur en France, Adrien Tixier, commence à s'intéresser aux "événements" du Constantinois. 

La répression prend fin officiellement le 22 mai.

Peu d'Européens protestent contre ces massacres. Par exception l'un d'eux, le professeur Henri Aboulker, médecin juif et résistant (l'un des organisateurs du putsch du 8 novembre 1942, qui a permis le succès de l'opération Torch à Alger), s'élève contre ces massacres. Il publie plusieurs articles dans le quotidien Alger Républicain, réclamant certes la sanction sévère des meurtriers provocateurs qui avaient assassiné 102 Français, mais à l'issue d'une procédure légale régulière. Et surtout, il dénonce sans réserve les massacres massifs et aveugles de milliers d'Algériens innocents. Il réclame aussi la libération immédiate de Ferhat Abbas, dont tout le monde savait qu'il avait toujours cantonné son action dans le cadre de la légalité. Henri Aboulker estimait que la défense des innocents devait primer toute considération politique. 

Le communiqué du gouvernement général le 10 mai illustre la manière dont les autorités de l'époque présentent ces événements :

 

Conclusion 

La presse officielle maquilla la vérité et parla d'un complot "hitlérien ou fasciste" contre les alliés et une tentative de boycott  des manifestations du 8 mai qui  commémoraient  la fin du nazisme. Même l'Humanité journal communiste se rallia à cette thèse sans enquêter .

Par la suite  de nombreux musulmans, dirigeants politiques et militants, du Parti du peuple algérien (PPA), des Amis du manifeste et de la liberté (AML) (dont le fondateur Ferhat Abbas) et de l'association des oulémas  furent arrêtés.  »

Le , le rapporteur de la loi d'amnistie (qui est votée) déclare en séance : « Quatre mille  cinq cents arrestations furent ainsi effectuées, quatre-vingt dix neuf condamnations à mort dont vingt deux ont été exécutées, soixante quatre condamnations aux travaux forcés et il y resterait deux mille cinq cents indigènes à juger »

Ce soulèvement  indiquait la début de la fin de la présence française en Algérie .L'Algérie  département français, encore en 1945  allait devenir 16 ans plus tard, un état souverain  : l'Algérie indépendante.

 

Tag(s) : #le 8 mai 45 oublié : Algérie soulèvement, #Histoire
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