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31 juillet 1914 assassinat de Jean Jaurès

 

L’assassinat de Jean Jaurès a lieu le vendredi  31 juillet 1914 à 21 h 40, alors qu’il dîne au café du Croissantrue Montmartre, dans le  arrondissement de Paris, au cœur de la République du Croissant, non loin du siège de son journal, L’Humanité. Il est atteint par deux coups de feu : une balle perfore son crâne et l’autre se niche dans une boiserie. Le célèbre homme politique s’effondre, mortellement atteint.

Commis trois jours avant l'entrée de la France dans la Première Guerre mondiale, ce meurtre met un terme aux efforts désespérés que Jaurès avait entrepris depuis l’attentat de Sarajevo pour empêcher la déflagration militaire en Europe. Il précipite le ralliement de la majorité de la gauche française à l’Union sacrée, y compris beaucoup de socialistes et de syndicalistes qui refusaient jusque-là de soutenir la guerre. Cette Union sacrée n’existe plus en 1919 lorsque son assassin, Raoul Villain, est acquitté. Le transfert des cendres de Jaurès au Panthéon, en 1924, souligne une autre rupture politique intervenue au sein de la gauche, entre communistes et socialistes.

 

Retour sur la vie d'un grand homme 

À cinquante-quatre ans, Jean Jaurès est la principale personnalité du mouvement socialiste français, la SFIO(Section française de l’Internationale ouvrière), et une personnalité célèbre du socialisme international, en particulier depuis la mort en 1913 d’August Bebel, le leader de la social-démocratie allemande. Jaurès, qui est entré en politique en 1885 comme député républicain, admirateur de Gambetta, et soutien du gouvernement Jules Ferry, est très attaché à la Défense de la patrie, comme il l’explique dans son livre L’Armée nouvelle, publié en 1911, critiquant la célèbre phrase de Marx : « les prolétaires n’ont pas de patrie ».. Il était cependant convaincu que les guerres étaient provoquées par le choc des intérêts capitalistes et qu’il était du devoir de la classe ouvrière de s’y opposer

Viviani qui lui semble réellement Il soutient avec le groupe socialiste le gouvernement hostile à la guerre. Le , au congrès extraordinaire de la SFIO qui se réunit jusqu’au 19, il se montre confiant dans la volonté de la classe ouvrière et de ses représentants dans les principaux pays de s’opposer au conflit, y compris en utilisant l’arme de la grève générale. Il soutient la motion Keir-Hardy-Vaillant, des noms d’un socialiste britannique et d’un français, qui préconisait l’appel à la grève en cas de conflit imminent : « plutôt l’insurrection que la guerre », à quoi Jaurès ajoute que cette grève devra être « simultanément et internationalement organisée »3. Cela lui vaut d’être attaqué par un journal comme Le Temps, qui le  l’accuse de soutenir la « thèse abominable qui conduirait à désarmer la nation, au moment où elle est en péril », ce à quoi il répond dans L’Humanité que « la grève paralyserait aussi l’agresseur »4.

Il apprend avec inquiétude l’accroissement des engagements pris dans le cadre de l’alliance franco-russe que vont célébrer à Saint-Pétersbourg le président de la République Poincaré et le président du Conseil Viviani Or, toute la stratégie de Jaurès depuis des mois consiste à condamner l’alliance avec la Russie despotique et de rechercher la médiation et le rapprochement avec l’Angleterre — en vain. Lorsqu’il est informé de la rupture des relations diplomatiques entre l’Autriche et la Serbie le 24, il prend conscience de la gravité des menaces. Venu le  soutenir Marius Moutet, candidat socialiste à une élection partielle à Vaise, dans la banlieue de Lyon, il dénonce dans un discours les « massacres à venir » Ainsi qu’il le confesse à Joseph Paul-Boncour, directeur de cabinet de Viviani, le pessimisme le gagne quand il s’exprime fataliste :

« Ah ! croyez vous, tout, tout faire encore pour empêcher cette tuerie ?… D’ailleurs, on nous tuera d’abord, on le regrettera peut-être après. »

Croyant pouvoir encore faire pression sur le gouvernement, il garde une certaine réserve vis-à-vis de la manifestation organisée le  à Paris par la CGT. La direction du parti socialiste qui se réunit le , à l’instigation de Jaurès, exprime à nouveau son soutien au gouvernement.

Tout à son espoir que Paris et Berlin sauront retenir leurs alliés réciproques, il se rend à la réunion d’urgence du Bureau socialiste international de la Deuxième Internationale qui se réunit à Bruxelles  à la demande des socialistes français. Il s’agit de pousser les dirigeants allemands et français à agir sur leurs alliés. Le bureau décide de convoquer le congrès de l’Internationale socialiste le  à Paris au lieu du 23 à Vienne. Dans une atmosphère un peu surréaliste, la plupart des délégués, dont Hugo Haase, le coprésident du SPD allemand, se disent confiants dans la capacité des peuples à éviter la guerre. Le 29 au soir, au Cirque Royal, Jaurès et Rosa Luxemburg sont acclamés lors d’un meeting massif contre la guerre. Le Bureau socialiste international vote à l’unanimité un appel au renforcement des manifestations contre la guerre6.

Jaurès veut user du pouvoir des forces syndicales et politiques mais sans paralyser l’action des gouvernements et pour ce faire, convainc Léon Jouhaux, le , de reporter la journée de manifestation prévue par la CGT le 2 août 

« Le plus grand danger à l’heure actuelle n’est pas, si je puis dire, dans les événements eux-mêmes. […] Il est dans l’énervement qui gagne, dans l’inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l’incertitude aiguë, de l’anxiété prolongée. […] Ce qui importe avant tout, c’est la continuité de l’action, c’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrière. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir. »

Jean Jaurès - Extraits de son dernier article dans L’Humanité du 31 juillet 19148

Vendredi 31 juillet 1914  : l’assassinat 

Lorsqu’il rentre à Paris, le  dans l’après-midi, il apprend que la Russie mobilise. À la tête d’une délégation socialiste, il obtient vers 20 heures une audience avec Viviani qui lui révèle l’état d’avancement de la préparation des troupes aux frontières. Jaurès l’implore d’éviter tout incident avec l’Allemagne. Viviani lui répond qu’il a ordonné aux troupes françaises de reculer de dix kilomètres par rapport à la frontière afin d’éviter tout risque d’incident avec l’Allemagne.

La presse parisienne unanime voit l’Europe « au bord du gouffre ». Après avoir consulté ses proches comme Charles Rappoport ou Lucien Lévy-Bruhl, Jaurès se rend à la Chambre où il prend connaissance de la mobilisation autrichienne et de la déclaration de l’état de menace de guerre (Kriegsgefahrzustand) en Allemagne.

Il décide de rencontrer à nouveau le président du Conseil, par ailleurs ministre des Affaires étrangères, mais ne voit que le sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Abel Ferry, neveu de Jules Ferry. Au même moment Viviani n’est pas disponible, car il reçoit l’ambassadeur allemand, le comte von Schoen, venu communiquer l’ultimatum de son gouvernement à la France : dire avant le  à 13 heures si elle se solidarisait avec la Russie. Il comprend que le conflit ne peut plus être évité. Au même moment, tous les maires de France sont avertis par les préfets de tenir prêts les chevaux et les voitures pour les ordres de réquisition. Jaurès aurait, selon Pierre Renaudel, témoin de son entrevue avec Abel Ferry, déclaré que si le gouvernement persistait à aller vers la guerre « (il) dénoncerait les ministres à tête folle ». Abel Ferry, sur un ton navré — et nullement menaçant — se serait contenté de répondre 

« Mais mon pauvre Jaurès, on vous tuera au premier coin de rue ! … ».

Abel Ferry sera tué au front, blessé mortellement par un éclat d’obus en 1918.

En fin de journée, il se rend au siège de son journal pour préparer un article de mobilisation antiguerre pour l’édition du . Auparavant, il sort dîner au café du Croissantrue Montmartre, avec ses collaborateurs du journal dont Pierre RenaudelJean Longuet, Philippe Landrieu, Ernest Poisson. Il est assis dos à la fenêtre ouverte, séparé de la rue par un simple brise-bise. Observant depuis la rue la salle du café où il avait repéré que Jaurès dînait habituellement, caché par le rideau, l’assassin tire deux coups : la première balle pénètre dans la région pariétale de la tête, la seconde va se perdre dans une boiserie entourant une glace. Jaurès est pratiquement tué sur le coup d'une hémorragie cérébrale11. Dans la confusion, Madame Poisson, épouse du collaborateur de L'Humanité Ernest Poisson, hurle : « Jaurès est tué ! » Ultérieurement on lui prête l'exclamation « Ils ont tué Jaurès ! » repris dans le monde ouvrier qui déplore « Ils ont tué Jaurès. C'est la guerre

L'assassin

 

L’assassin est Raoul Villain, un Rémois de 29 ans, étudiant en archéologie à l’École du Louvre, et surtout adhérent de la Ligue des jeunes amis de l'Alsace-Lorraine, groupement d’étudiants nationalistes, partisans de la guerre et proche de l’Action française13. Il est arrêté et déclare avoir agi en solitaire pour « supprimer un ennemi de son pays ». Cette thèse de l’acte isolé est reprise telle quelle dans l’acte d’accusation dressé le 5. Il est décrit comme un personnage falot, calme et pieux, blond, les yeux bleus, d’apparence juvénile. Sans avoir jamais vu Jaurès, il s’est peu à peu mis en tête de tuer le traître, l’Allemand

Le gouvernement qui se réunit dans la nuit craint d’abord des réactions violentes dans les grandes villes, et retient dans la capitale deux régiments de cuirassiers en instance de départ pour la frontière8. Cependant, rapidement, les rapports qu’obtient le ministre de l’Intérieur Louis Malvy lui font estimer que les organisations de gauche ne vont pas déclencher de troubles. Dans le même temps, la direction du Parti socialiste fait savoir qu’elle n’appellera pas à des manifestations.

Le président Poincaré fait porter un message de condoléances à madame Jaurès et le gouvernement fait placarder une affiche condamnant l’assassinat et dans laquelle le président du Conseil, rappelant la mémoire du dirigeant disparu, rend hommage, au nom du gouvernement, « au républicain socialiste qui a lutté pour de si nobles causes et qui, en ces jours difficiles, a, dans l’intérêt de la paix, soutenu de son autorité l’action patriotique du gouvernement ».

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Afin de ne pas empêcher le ralliement des ouvriers à la guerre par la décapitation des syndicats et rassuré par la réaction des instances nationales de la CGT, le ministre de l’Intérieur, Louis Malvy, décide, dans un télégramme adressé à tous les préfets, de ne pas utiliser le fameux Carnet B qui, tenu par la gendarmerie, recensait dans chaque département la liste des dirigeants anarchistes, syndicalistes ou révolutionnaires qui devaient être arrêtés en cas de conflit, ayant exprimé l’intention d’empêcher l’effort de guerre.

Une affiche jaune manuscrite est placardée à la préfecture de police, sur les bureaux de poste et les monuments publics. Dans les heures qui suivent, sur les murs de toutes les mairies de France, lesaffiches blanches d’appel à la mobilisation avec les drapeaux tricolores sont collée

Dès le  1er aout de nombreux signes avaient indiqué que la gauche française se ralliait à la guerre. Même certains des antimilitaristes les plus irréductibles basculent. Ainsi, le journal La Guerre sociale de Gustave Hervé sort une édition spéciale avec trois titres : Défense nationale d'abord !Ils ont assassiné JaurèsNous n’assassinerons pas la FranceLe Bonnet rouge, journal anarchiste d’Almereyda, titre : « Jaurès est mort ! Vive la France ». La Bataille syndicaliste, organe de la CGT, adopte le même ton

 

Édouard Vaillant, le vieux révolutionnaire de la Commune, déclare : « En présence de l’agression, les socialistes rempliront tout leur devoir. Pour la Patrie, pour la République, pour l’Internationale »

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Le   4 aout au matin, les obsèques officielles de Jaurès sont célébrées. Un catafalque est dressé au coin de l’avenue Henri-Martin. Sont présentes devant une foule immense toutes les autorités de la République, comme le président du Conseil Viviani, le président de la Chambre des députés Paul Deschanel, la plupart des ministres, les dirigeants de toute la gauche socialiste et syndicale et même l’opposition nationaliste, Maurice Barrès en tête. C’est la première manifestation de l’Union nationale.

 

 

Le procès de l'assassin 

Raoul Villain est incarcéré en attente de son procès durant toute la Première Guerre mondiale. Après cinquante-six mois de détention provisoire, la guerre achevée, son procès est organisé devant la Cour d’assises de la Seine. Villain a la chance de n’être jugé qu’en 1919, à sa demande, dans un climat d’ardent patriotisme. Lors des audiences qui se déroulent  , ses avocats, dont le grand pénaliste Henri Géraud, mettent en avant sa démence. Ils argumentent aussi sur l’acte d’un homme isolé.

Le scandaleux verdict 

 Raoul Villain est acquitté le  29 mars 1919  par onze voix sur douze, un juré ayant même estimé qu’il avait rendu service à sa patrie : « Si l’adversaire de la guerre, Jaurès, s’était imposé, la France n’aurait pas pu gagner la guerre. »La veuve de Jaurès est condamnée aux dépens (paiement des frais du procès

En réaction, Anatole France écrit : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! »

 Une manifestation est organisée le  suivant par les sections socialistes et syndicales de Paris pour protester contre le verdict et honorer Jaurès le pacifiste. 100 000 personnes défilent, et les affrontements avec la police causent deux morts.

 

La justice sera donnée par les républicains espagnols  (les anarco-syndicalistes ) qui vengeront Jaurés 

Raoul Villain s’exile alors sur l’île d’Ibiza.

Peu après le début de la guerre d’Espagne en  juillet 36, l’île tombe aux mains des franquistes, puis est reconquise par les républicains, qui la quittent rapidement. Celle-ci est alors reprise par des groupes anarchistes, mais l’île est bombardée par l’aviation franquiste et dans le chaos, les anarchistes exécutent Villain pour espionnage au profit de l’armée franquiste, sans que l’on sache s’ils savaient qui il était.

 

Au Panthéon 
 

Le dimanche , la dépouille de Jean Jaurès est conduite au Panthéon, en cortège officiel auquel participent les mouvements politiques de gauche, excepté le parti communiste.

Le cortège officiel, précédé des bannières rouges des sections socialistes, est ouvert par des délégations d’organisations des partis mêlées aux corps constitués. Les mineurs de Carmaux suivent ensuite. Le cercueil de Jaurès, juché au faîte d’un spectaculaire corbillard est acheminé vers le Panthéon par les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel. Les journaux parlent d’une foule de 80 000 à  100 000 personnes.

Un discours est prononcé par Herriot dans la nef du Panthéon en présence de 2 000 personnes, suivi de la lecture d’un poème de Victor Hugo. La cérémonie s’achève sur un oratorio chanté par un chœur de 600 exécutants.

Les communistes avaient voulu rendre hommage à Jaurès en organisant une délégation distincte. À la suite du premier cortège, ils suivent le même itinéraire en chantant L’Internationale. Portant des drapeaux rouges et des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Guerre à la guerre par la révolution prolétarienne »
 

Postérité

De très nombreuses rue, avenue école, collège lycée portent le nom de Jean Jaurés. L'homme de la paix et de la fraternité entre les peuples .Dans toutes les villes une place lui est dédiée .Pour l'anniversaire de sa mort des commémorations sont organisées :

Pour le centenaire de sa mort le 31 juillet 2014 modestement dans une ville de la Loire accrochage d'un bouquet de roses sur  la plaque de la place  !
 

sources Wikipédia 

Pierre Accoce, Ces assassins qui ont voulu changer l’histoire, Paris, Plon, , 358 (ISBN 978-2-259-18987-3, notice BnF  FRBNF37078762).


 

 

Tag(s) : #assassinat de Jaurés, #Histoire
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