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Mémoire d'un écolière alsacienne rentrée 1914

Nous avons retrouvé notre école de Dannemarie en octobre alors que l'automne jaunissait nos arbres de la cour .

Les troupes françaises qui occupaient les Vosges et l'Alsace depuis aout 1914 se sont installées dans nos villages. Elles ont ordonné l'ouverture des écoles . Nous avons eu de nouveaux maitres français : des instituteurs militaires . La classe de cours moyen supérieur était composée de garçons de quatorze ans et de filles de treize ans .

Pour ma part j'avais  9 ans à l'époque et j'étais au cours élémentaire.

Le maitre s'est d'abord présenté et nous a dit qu 'on ne parlerait que français  ici et qu 'il fallait parler français à la maison au village en ville avec nos parents nos amis..

« Après 40 ans d'occupation forcée allemande, il faut que l'Alsace et ses enfants retrouvent le chemin de la mère patrie, la France !  » nous a t -il dit. »

Pour ma part , je comprenais bien tout ce qu 'il nous disait car mes grands -parents avaient  toujours parlé français mais beaucoup de mes amies ne comprenaient rien à ce que leur disait le maitre .

Alors on  a crée des groupes de langue .

Pour les plus jeunes ceux des classes enfantines et du cours préparatoire ça été bien plus facile d' apprendre le français .Pour mes amies ,on s'est mis à plusieurs : l'instituteur  nous a nommées , des camarades et moi « tutrices » d'un groupe.  Nous parlions français, nous traduisions  et pendant la récréation nous ne devions  jamais parler alsacien ou allemand  !

Nos instituteurs militaires se rendaient bien compte que nous, ne correspondions en rien aux personnages colorés des albums d’Hansi !

Après plus de quarante ans de germanisation, beaucoup d' alsaciens accueillaient cette nouvelle langue comme une langue étrangère !

Le maitre était très gentil et souriant.Jamais il ne nous battait.Jamais il ne  nous punissait . Certes il grondait sévèrement les polissons  mais plus de bonnet d'âne ni de epiquet ni d'ardoise dans le dos, ni de coup de règles sur les doigts !

Il allait voir les camarades malades chez eux pour prendre des nouvelles et discutait beaucoup avec les parents .

Il avait décoré la salle de classe avec des cartes de France , où l' on voyait l'Alsace et la Lorraine hachurées.Il avait accroché aux murs de grandes gravures de sciences naturelles avec des arbres , des animaux des forets des plantes , mais aussi des tableaux de paysages des montagnes les Alpes les Pyrénées, et des villes comme Paris, Nice ,Reims ,  l'Arc deTriomphe, le Mont Saint Michel...

- En Alsace, il faut qu’entre les fenêtres vous les enfants ,sachiez que ce que vous voyez sur les murs de votre école est français ! A dit le maître .C'est votre pays ! » .

Il y avait aussi  une carte d’Alsace et les déclarations des députés alsaciens des 17 février et 1er mars 1871 protestant contre l’annexion par le Reich de l’Alsace-Moselle. Elles voisinaient avec un exemplaire des Lois constitutionnelles de 1875 qui permettait d’opposer le caractère démocratique de la nouvelle patrie retrouvée au régime autoritaire de Guillaume II.

Nous avions des cours d'Histoire tous les jours  : on évoquait la Gaule , Vercingétorix, Jeanne d'Arc..

-C'est notre roman national ! «  disait le maitre. Il faut connaitre les grandes dates comme : 732, 800 , 1515  1789 qui ont marqué notre Histoire !

Il nous a rapporté des bons points avec des images de l'Histoire de France et il nous en donnait quand on avait bien travaillé et été sages..Il avait affiché une grande frise chronologique avec les personnages importants : Clovis , Napoléon , Clemenceau ….......

Nous chantions beaucoup et nous apprécions cette activité car la francisation passait par le chant,  nous expliquait  notre maitre . Le chant vient d’être ajouté à l’examen du certificat de fin  d’études.

Considérant que l’art vocal possède une haute valeur éducative et moralisatrice, l’instituteur militaire privilégiait les airs qui véhiculaient les grandes idées et les sentiments généreux.

-Le but est de « répandre en Alsace le goût de l’art français et y faire revivre nos vieilles traditions nationales. […]les chansons comme " En passant par la Lorraine , aux marches du palais , les chansons historiques : Roland à Roncevaux , le roi Dagobert, le roi Renaud..Il pleut bergère... faisait partie de notre répertoire .

Durant quatre ans notre instituteur nous a préparés au certificat .

La population civile de notre localité avait été prévenue dès la veille, par voie d’affiches, de l’arrivée d’examinateurs lorrains et avait pavoisé les maisons.

Voici les sujets de compositions françaises qui nous furent présentés  en juillet 1918:

d'abord aux garçons :

 - « Une troupe quitte votre village pour monter aux tranchées ; une autre troupe descend des tranchées pour venir cantonner dans le village. Racontez le départ de l’une et l’arrivée de l’autre, et dites quelles différences vous avez pu remarquer entre ces deux troupes  

Pour nous les filles  : « Vous écrivez à une petite Parisienne de votre âge, pour lui raconter comment les soldats français sont arrivés dans votre village au mois d’août 1914, et les sentiments que vous avez éprouvés

En histoire

Les deux épreuves écrites d’histoire sont une invitation à l’expression patriotique. Les candidates, comme toutes les petites Françaises, sont les gardiennes du sentiment national qu’elles transmettront un jour à leurs enfants : « Racontez ce que vous savez de Jeanne d’Arc, et dites pourquoi vous l’aimez ».

Les garçons, considérés comme les futurs soldats des frontières de l’Est, doivent s’imprégner de la conception française de la nation subjective et volontariste ]: « Racontez comment, par qui et à quelle date l’Alsace a été réunie à la France - à la suite de quels événements elle en a été séparée, et ce qu’on fait les Alsaciens quand votre pays a été repris par les allemands»

La proclamation des résultats donna lieu à une cérémonie solennelle :

-J'ai réussi mon certificat ! J'étais la seconde ! Comme j'étais fière !  

On m'a donné un souvenir de mon premier diplôme français : une médaille  , avec la devise « On ne passe pas ! »

-La médaille montre,ce qui empêchait jadis l’ennemi de passer, et ce qui l’empêche aujourd’hui : jadis c’étaient des tours massives, des forteresses de pierres ; aujourd’hui, c’est un rempart vivant, une muraille humaine ! A dit l'inspecteur général . Puis il m'a félicitée :

C'est la marque officielle de ton entrée définitive dans la communauté française ! Bravo et bienvenue !

J'ai poursuivis mes études encore quatre ans ,car je voulais être institutrice , mon maitre en uniforme m'avait donné le goût d'apprendre et de partager mon savoir.

Vingt ans plus tard , l'Alsace était à nouveau envahie par les allemands.Les jeunes gens étaient enrôlés de force dans la Wehrmacht. Je fuyais me réfugier à Paris . Mais Paris tomba .Je descendis vers la zone libre : à Lyon capitale de la résistance.

sources :wikipédia -l'école alsacienne

cairn info-l'école témoignage d'Elisa rossignol "écolière"

Instruction publique Alsace 1914-1918

 

Tag(s) : #Mémoire 'd'une écolière alsacienne octobre 1914, #nouvelle
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