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Les bottines rouges


C'était l'hiver, bientôt Noël. Anouchka était une fillette d'une dizaine d'années qui vivait dans la  Russie des tsars à Saint-Pétersbourg. Ses parents étaient d'humbles artisans potiers, sculpteurs .

La famille vivait de la vente  d' objets qu'elle réalisait : jouets en bois, bijoux, poterie, peintures, dentelles, Matriochka , les poupées russes.


Chaque matin Anouchka , partait avec sa petite charrette chargée d'objets . .
Elle s'installait sur la grande place près de la cathédrale Saint Isaac et attendait les
clients, les étrangers surtout les touristes si généreux.

Un jour de vilains garnements prirent son beau bonnet tricoté de mille couleurs et se le lancèrent .La fillette essaya en vain de le rattraper, elle trébucha et perdit l'équilibre .Mais les garçons étaient déjà loin emportant avec eux le bonnet. En tombant Anouchka perdit une botte .Un cheval arriva au grand galop et défonça la chaussure de son sabot. Anouchka fondit en larmes. Ses parents n'allaient pas être contents : perdre une paire de chaussure, car que faire avec une botte sans sa jumelle, et un bonnet si chaud ! Un jeune homme, des livres à la main , s'approcha d'elle :


--Que t'arrive t-il petite ?
-J'ai perdu une botte quand des garçons se sont mis à me molester et à me prendre
mon bonnet de laine. Et maintenant je n'ai qu'une chaussure car le cheval qui vient de passer, m'a cassée l'autre. J 'ai froid aux pieds et je dois rester des heures ici avant de rentrer .
-Viens avec moi ! lui dit le jeune homme .Je m'appelle Sacha et toi ?
-Anouchka ! Mais je ne vais pas laisser sans surveillance ma charrette avec les objets réalisés par mon père ma mère et ma grand mère ? De plus, je ne suis pas les inconnus ! Expliqua t-elle.
-Tu as bien raison ! Dit Sacha .On ne peut laisser ton chargement seul .
Il s'adressa au voisin qui exposait à coté de la fillette :
-Eh camarade, pourrais-tu surveiller la charrette de la petite, c'est l'affaire de dix minutes , le temps qu'on lui trouve de quoi se rechausser ?
L'homme acquiesça.
-Merci Camarade ! dit Sacha au marchand . S'adressant à Anouchka :
-Je ne t’emmène pas loin. Vois-tu cette échoppe, cette cordonnerie ?.Eh bien c'est le père d'un ami qui la tient. Je suis sûr qu'il pourra te procurer des chaussures pas toutes neuves ,mais au moins tu n'auras pas un pied découvert !
Sacha entraîna l'enfant vers le magasin et ouvrit la porte :


-Eh là Dimitri êtes -vous là ? c'est Sacha !
Un homme âgé apparut un large sourire aux lèvres
-Que puis -je faire pour l'ami de mon fils ?
-Pour moi rien mais pour cette jeune fille je pense que vous pouvez faire quelques chose ! Des voyous lui ont fait perdre une chaussure et un béret.
-Pour le béret je ne peux rien , mais pour la chaussure je peux la dépanner avec une paire que personne n'est venu réclamer ?
-Merci Dimitri ! dit Sacha .Je vous laisse .Je dois aller en cours et je suis déjà en retard. Au revoir !
-Au revoir petite ! dit Sacha à l'enfant. Prends soin de toi !
-Merci ! Dit Anouchka en lui adressant un large sourire.
-Alors ! Dit Dimitri, tu chausses du combien fillette ?
- Je n'en sais rien ! 
-Ca fait rien ! Assieds -toi ici je  vais prendre mon mètre.
Et Dimitri mesura le pied d'Anouchka et lui dit :
-J'ai ce qu'il te faut au fond de mon établi. Je reviens.
La fillette attendit sagement, puis la curiosité la poussa à se lever et à faire le tour de l'échoppe : que de beaux souliers, en cuir, vernis, des sandales des chaussons et des bottes. L’enfant fut éblouie par une paire de bottines , les bottes les plus belles, et certainement à son pied .Elles étaient faites en cuir et velours rouge doublées de fourrure blanche qui recouvrait le haut gracieusement. De beaux lacets tissés
finement s’entrelaçaient. Anouchka était émerveillée par ces chaussures lorsque Dimitri apparut, une paire de bottillons usés mais propres et bien réparés, à la main.


-Ah fillette ! Tu as bon goût ! Elles te plaisent ces belles bottes rouges !
-Oh oui Monsieur !
-Hélas, elles ne sont pas pour toi : je les ai faites sur mesure pour une fille du Tsar, Anastasia .
-Oh Monsieur , puis -je les essayer ?
Dimitri ému, accepta :
-Demain elles ne seront plus là , le tsar doit venir ici à notre cathédrale Saint -Isaac et je lui remettrais les bottines .
-Quelle merveille ! soupira Anouchka ! Elles me vont bien et elles sont si douces !
Dimitri sourit . Elle  enleva à contre coeur les belles bottes et enfila les bottillons que lui offrait Dimitri.
-Merci Dimitri. Je n'oublierai pas ! Mes parents vous paieront à leur manière en vous offrant un présent. Merci encore et au revoir.
-Au revoir mon enfant et fais attention aux garnements et aux chevaux !
Anouchka put ainsi tenir la journée, sans avoir froid aux pieds et rentrer à la maison en ayant vendu quelques objets .
Le lendemain c'était la veille de Noël .Anouchka revint sur son lieu de vente habituel : la place de la cathédrale Saint -Isaac. Elle remercia Dimitri de la part de ses parents en lui offrant un beau vase de terre que son père avait fait et que sa mère avait peint délicatement . Puis elle retourna à son emplacement.
A midi la place devait être libre. .Il faisait un froid glacial et les acheteurs ne se bousculaient pas. La petite fille pour ne pas geler sur place, faisait les cent pas.
A ce moment là arriva comme un éclair la garde impériale du Tsar qui précédait sa venue en la Cathédrale Saint Isaac : une trentaine de chevaux et de cavaliers furieux .La cavalerie bouscula la population qui vaquait dans les ruelles , frappa sauvagement les vendeurs ambulants, mettant à bas leurs présentoirs, jetant à terre et brisant leurs objets divers, détruisant chariots et charrettes, fouettant femmes, enfant
vieillard qui s'attardaient sur les lieux. Anouchka eut son présentoir brisé , ses objets cassés, et jetés au loin, ses dentelles et ses nappes souillées par les chevaux et la neige qui  se mit à tomber.

Toute sa cargaison était perdue comme celle de ses voisins exposants.

Le tsar arriva peu après. Il pénétra dans la cathédrale accompagné de toute sa famille. Ses soldats montaient la garde , surveillant les passants, les refoulant sans ménagement. alors les gens commençaient à  se regrouper , de plus en plus nombreux   malgré la présente militaire .Une heure plus tard, lorsque la famille impériale sortit de l'église, la place était noire de monde. Une foule compacte, silencieuse  hostile . Dimitri, alors s'approcha du Tsar et lui confia la boite dans laquelle se trouvait les bottines pour sa fille .Il la remit  à Anastasia. Le capitaine de la troupe s'approcha du Tsar :
-Majesté, la foule est hostile , je crois que nous devrions  partir !
Anouchka voulut s'approcher, mais un garde l'en empêcha .Il ne fallait au Tsar que quelques pas pour rejoindre son carrosse, quand Sacha fendit la foule et l’interpella :
-Voilà comment vos soldats traitent la population travailleuse : en maltraitant en méprisant leur travail . Votre garde impériale Monsieur le Tsar, a vandalisé tous les petits commerçants ambulants que vous voyez là-bas , en brisant leur établi et leurs objets, en les fouettant pour qu'ils quittent les lieux et fassent la place à votre majesté ». Vous devez les dédommagez ! Le peuple ici présent, réclame justice pour
eux !
La foule acquiesça en poussant de grands cris et en levant le poing. Anouchka alors, osa :
-Tsar, vos gardes viennent de nous ruiner nous les bons commerçants ambulants de St Saint-Pétersbourg. Les touristes n'auront pas leur cadeaux nos Matriochkas que vos gardes ont cassées, nos dentelles de Sibérie salies par vos chevaux, nos vases sont ébréchés , nos statuettes sont détruites et bien d'autres belles choses anéanties sous les sabots de votre troupe !
-Oui ! reprit Sacha .C'est la Russie entière que vos gardes viennent d' agresser.
Le tsar était blême. Sa garde n'était pas aussi nombreuse que cette foule qui l' encerclait. La Tsarine parla à l'oreille de son époux ainsi que sa fille Anastasia .


-Que tous les commerçants et vendeurs qui ont été victimes de ma garde approchent :
donnez moi cinq minute et vous serez tous indemnisés ! S'écria le tsar .
Ce furent cinq longues minutes. Un silence de plomb régnait sur cette place, le vent glacial accompagné de flocons de neige balayait les visages de marbre.
Le tsar venait d'envoyer sa femme et Anastasia auprès du primat de la cathédrale.
Elles en ressortirent suivies de religieux portant des cassettes :
Le tsar remit à chaque sinistré une bourse. Il voulut détendre l'atmosphère et regardant les deux fillettes du même âge certainement , Anouchka et Anastasia , il dit :
- Ma foi ce seront les fillettes qui auront le dernier mot car c'est Noël !
Approche ! Dit- il en s'adressant à Anouchka.
- Que veux- tu en plus des roubles pour te faire oublier cet incident désagréable ?
Anouchka sans hésitation se dirigea vers Anastasia et fixa son paquet :
-Les bottines, tu veux mes bottines ? Questionna Anastasia en lui souriant, c'est ce qui te ferait plaisir ?
-Oui ! Balbutia Anouchka ! Les bottines rouges !


Anastasia tendit alors le précieux paquet à Anouchka.
La foule qui était restée muette, apprit le contenu du paquet .La rumeur courut très
vite et les gens scandèrent :
-Les bottes rouges !l Les bottes rouges ! Mets les bottes rouges !
Anouchka alors ouvrit le paquet , enleva les chaussures qu'elle portait, et enfila les beaux bottillons rouges de cuir . La foule  applaudit à tout rompre et se mit à chanter un chant populaire en choeur !
-Il faut partir présent ! Dit le capitaine au tsar !
Ce dernier monta aussitôt dans son carrosse avec sa famille et quitta sans tarder l'esplanade de Saint Isaac, laissant la place à Sacha qui s'adressa d'abord à Anouchka :
-Bravo petite ! Tu as eu du cran de parler comme tu l'as fait !
Puis lança  à la foule :
- Camarades, le tsar a eu peur de nous .Peur de notre colère ! Souhaitons chers amis ,chères familles qu'en ce jour de Noël tous les enfants de Russie, un jour, puissent porter d'aussi belles bottines rouges , qu'ils soient fils de paysan d'ouvrier de charpentier, de potier ou fils de roi !

Tag(s) : #Les bottines rouges, #Conte de noel
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