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Retour à "Forez Montagne"

 

Simon arriva à Chalmazel et se rendit à l'auberge de son ami Robert.

-Eh bien Simon de retour ? Tu vas bien ? Toujours en cavale ?

-Vous n’êtes pas au courant ? La Bastille a été prise par le peuple  le 14 juillet . C'est lui qui m'a libéré .Tout est bouleversé ! C'est la Révolution  ! L'assemblée des états généraux va faire voter des lois d'amnistie pour ceux des galères et pour les condamnés pour faits politiques . Je dois retourner bientôt à Paris car je veux participer de près  à tous ces  changements. Crois -moi mon ami , la vie va être différente pour les petites gens ,comme nous !

-C'est formidable ! s

Paula avait rejoint son homme et Simon . Elle proposa :

-Buvons à la Révolution et à la victoire du peuple !

Elle alla chercher une bonne bouteille de vin dans la cave.

-Et ici quoi de nouveau ? De nouveaux pensionnaires à l'auberge ? Pas de nouveaux clients ? 

-Si fait ! Les deux policiers venus de Paris chargés de reprendre l’enquête à zéro sur les quatre meurtres se sont installés en pension … et des Italiens scieurs de long sont venus pour l'été .

Ils sont arrivés voilà quinze jours . C'est tout !

-Et parmi ces bucherons aucun suspect ?

-Des besogneux bien habiles et bien nécessaires ici car les bras manquent et la scierie a besoin de son bois.Ils sont mal payés comme tous les étrangers et ici les gens ne les aiment pas car « ils viennent prendre le travail des hommes qui ont refusé de travailler pour un salaire dérisoire . Alors le patron de la scierie s'est entendu avec des entrepreneurs italiens qui lui ont procuré cette main d'oeuvre. Au village les italiens ne s'y rendent pas .Ils logent dans une des remises du Comte près de la foret louée par la scierie. On m'a reproché de leur préparer la soupe le soir et les patates et le choux à midi  ! Du coup plusieurs habitués délaissaient l'auberge et ne la fréquentaient plus.J'ai du cacher la vérité en disant aux gens que j'avais servi deux fois la soupe ignorant tout des conditions de salaires de ces italiens, puis j'ai dit que j’arrêtais de les servir.

Je me suis presque excusé ! Tu vois ça ! 

-Eh oui la misère est profonde dans notre pays et les gens d'ici ont pris ces étrangers pour des ennemis .

-Je veux t'avouer Simon à toi seul que j'ai continué à leur préparer le diner et la soupe en cachette. Ils ne viennent pas ici mais Paula et Marie Angeline que nous avons embauchée , passent par le sentier privé derrière l'auberge dont nous avons obtenu l’accès grâce au patron de la scierie . Cela nous permet d'atteindre la remise des italiens sans être vus de personne et sans soulever d'autres critiques. 

-Les temps changent Robert ! Je te comprends toi aussi tu dois travailler  et je comprends nos amis bucherons au chômage ! Les responsables sont le Comte et le patron de la scierie et tous les autres  riches et aristocrates . Vous êtes les victimes  d'un système qui est en train de s'écrouler .

-Dieu t'entende ! Répliquèrent en choeur Paula et Robert.

Paula s'en retourna à la cuisine préparer le repas . Marie Angéline rejoignit les deux hommes . Simon poursuivit.

-Robert, Marie Angéline n'avez -vous point remarqué quelque chose de suspect , ressenti quelque chose d'étrange ? Une peur même infondée ?

-Explique- toi clairement Simon ! Demanda Robert . Où veux- tu en venir ?

-Voilà comme Jeanret le parfait suspect des quatre crimes a été mis hors de cause voilà des mois , lui qu'on soupçonnait à Paris , car et ceci est un secret, le vieux soldat serait en, fait le père de Jeanret , le vrai coupable assassin court toujours. A t - il appris  par la presse que l'affaire n'était pas enterrée ?  Est il revenu ici pour supprimer définitivement les deux seuls témoins qui pourraient encore l'identifier : toi Robert et toi Marie Angéline ?

 C'est pour ça que je suis de retour pour vous protéger du tueur des Hautes Chaumes et de Chalmazel !

-Attends ! dit Robert . Voilà cinq jours c'était dimanche ils étaient presque tous à la messe y compris les italiens . J'avais laissé la porte ouverte de la cave avant de monter aux étages . Je redescendis et j'allais dans la cave. J'étais accroupi et j'ai eu une étrange sensation :  comme si quelqu'un me guettait .A ce moment là mon chien Fédor qui était à l'extérieur se mit à aboyer furieusement et se précipita vers moi  . Je me relevais . J'entendis les policiers me demander de la salle à manger :

-Et l'aubergiste tout va bien  en bas ? On descend  !

Je leur criais ! 

- Non , j'arrive !

Je gravissais quatre à quatre les escaliers .Le feu me détourna de mon émotion :  il venait de démarrer dans la grange. .Nous nous lançames à l'assaut des flammes et nous eurent le temps de tout éteindre et tout sauver. 

-Oui étrange ce départ de feu, cette angoisse dans la cave, et le chien qui aboie  ! Conclut Simon.Autre chose ?

-Il y a deux jours nous avions fermé de bonne heure .Les policiers étaient couchés et j'étais sorti une lanterne à la main pour mettre dans la grange trois sacs de bois coupés . Je pénétrai dans la grange et d'un coup ma lanterne s'éteignit . Je trébuchais sur je ne sais quoi et m’étalais de tout mon long .Encore cette étrange sensation : quelqu'un était dans mon dos .Je me retournais d'un coup :

-Qui est là ?

Encore une fois mon chien accourut  et  mit en déroute » la chose « .

Le lendemain j'en parlais aux policiers .Mon chien était blessé à une patte. Dans la grange , on trouva un gros chacal noir gisant. Les policiers conclurent que "la chose "était ce chacal .Mais je demeurais sceptique . Dans le noir j'aura vu ses yeux luisants à moins qu'il se soit bien caché , j'aura entendu les cris du chacal se battant avec 

Fédor ..

-Oui c'est bien étrange tout cela ? Approuva Simon. Tout cela conforte ma thèse : vous êtes en danger et le tueur est certainement sur place ici .Il a essayé dé jà a deux reprises de te tuer, toi Robert .Et toi Marie Angéline n'as -tu rien remarqué de suspect ? Aucun événement surprenant ne t'est- il pas arrivé tantôt ?

-Si fait ! Il y a une dizaine de jours . Il faisait très chaud en ce mois de juillet . C'était un dimanche . Je voulais profiter de l'eau fraiche du Lignon.C'était une habitude prise quand j'étais toute enfant. Et comme vous le savez , en ce jour du seigneur j'étais sûre de ne rencontrer personne. Donc ,après une brève lessive (prétexte pour me rendre au lavoir ,)  j'entrais doucement dans l'eu fraiche mais agréable en cette journée torride . J'étais seule et bien tranquille. Je quittais la rive et me dirigeais à quelques mètres de la rivière .Je savais que j'avais toujours pied à cette profondeur .J'étais tout à mon émotion, lorsque je sentis qu'on me tirait par le pied, et qu'on m'entrainait bien loin au milieu  de la rivière ,là où le courant est fort, là où le Lignon atteignait plus de trois mètres de fond. Ne sachant pas nager je me débattais mais je ne pouvais rien faire : une force me tirait vers le néant. Je suffoquais et je pensais que mon inconscience m'avait joué un vilain tour ...Je sombrais dans l'abime des ondes et je revoyais ma petite vie , tous ceux à qui je manquerai quand soudain, j'entendis des cris, je sentis qu'on me soulevait qu'on me harponnait et qu'on me jetait pour finir sur la rive afin que je rejette l'eau que je venais d'avaler.Je restais dans ce brouillard .Je distinguais la silhouette d'un beau jeune homme brun : c'était un des italiens qui venait de me sauver la vie . 

-Carina  , meravigliosa ragazza no muerte no !

On vint à mon secours et on me transporta chez ma mère . Le médecin accourut : j'étais sauvée.

Ma mère fit venir mon sauveur : Julio.J'essayais de comprendre comment j'avais pu être entrainée si loin de la rive.Julio m'expliqua que longea la rivière il avait perçu des appels au secours puis il avait vu un corps qui se débattait et sombrait . Il s'était jeté à l'eau sans réfléchir pour aller ramener sur la rive , l'infortuné noyée . 

On m' assura par la suite qu' un très gros poisson avait du saisir mon pied et m'entrainer  avec lui, car chez nous ces monstres aquatiques sont  connus et nombreux  . Or ce n'était pas la mâchoire d'un poisson que j'avais senti me serrer le pied mais,  mais une main  humaine.

Depuis nous nous voyons tous les jours avec Julio .Je crois qui'l est amoureux de moi , moi je suis amoureuse de lui.

-T'a t -il dit quelque chose sur les autres italiens qui pourrait nous intéresser ?

-Il m'a dit bien connaître deux des italiens : l'un est un ami d'enfance Fabrizio et l'autre est son père Ronaldo ; ils viennent tous trois du même village de Lombardie.Quant au quatrième ,ils ne le connaissent pas.Il est arrivé deux jours après eux soit disant de Calabre. C'est l'homme qui a toujours deux pansements aux joues .Il dit qu'il a reçu un arbre en plein visage dans les montagnes de Pont de Claix en Savoie alors qu'il était employé comme bucheron.

-Mes amis ! Dit Simon, je crois qu'on tient le meurtrier des Hautes Chaumes  !

Avez vous rapporté ces faits aux deux enquêteurs ?

-Oui mais ils n'ont rien eu à ajouter !

-Mais si ces événements se sont produits peu de jours après l'arrivée des italiens au village , c'est que le meurtrier se trouvent bien parmi eux.Je vais parler aux policiers.

Simon se rendit dans la chambre où ils logeaient à l'auberge. 

-Messieurs je viens vous apporter sur un plateau le nom du tueur des quatre crimes des Hautes Chaumes  ! 

-Qui êtes vous pour vous mêler de cette affaire ?

-Simon Monteban

-Le proscrit,le fuyard !

-Il n'y a plus de fuyard de recherché par la police ! C'est la révolution à Paris. L'ignorez vous ?

-La révolution ? Oui la Bastille a été prise par le peuple et j'ai été libéré. Tout l’ancien régime s’écroule , toutes leurs institutions.

-Et leur police aussi ? Leur justice aussi ?

-Renseignez vous ! Mais avant il vous faut arrêter un homme : le meurtrier des Hautes Chaumes : c'est un italien .

-Merci et au revoir ! Trancha un des deux enquêteurs 

-Je..

-Merci nous allons aviser.

Quelques minutes plus tard les deux policiers prenaient congé de l'aubergiste et de Paula

-Vous partez maintenant !

-Immédiatement !

-Mais vous n’arrêtez pas le coupable des quatre meurtres ?

-Ce n'est plus de notre compétence  ni notre problème car nous ne représentons plus la police du roi !

-Votre devoir est d’arrêter un criminel dangereux quelque soit le régime en place ! S'écria Simon.

-Notre devoir est de rester en vie pour la suite ! Nous ne sommes ni des martyrs, ni des héros, ni des têtes brûlées mais juste de simples policiers  !Si la police royale est démantelée plus rien ne nous retient ici : nous considérons que nous sommes libérés de nos missions .

-Et votre honneur ? Votre orgueil d'officier de police ne vous pousseraient- ils pas à arrêter un grand criminel qui peut récidiver à tout moment ?

-Si nous restons ici nous risquons aussi d’être des victimes non pas du tueur des Hautes Chaumes mais de la populace.Dans tout le Forez et le Pilat on brûle les châteaux, et les officiers du Roi, les fermiers généraux ,les juges et les policiers . Alors sauve qui peut !

Et ils prirent congé de Simon de Marie Angéline et de l' aubergiste .

-Nous devons arrêter le tueur ! Dit Simon

-Et de quel droit ? De quelle autorité ?

-Du droit que je m’octroie ici en m'auto-proclamant «  Commissaire du peuple « chargé de la police et de la justice et pour cela j'ai besoin de l'assentiment de tout le village.

Tous les habitants furent convoqués dans la grande salle qui avait servi jadis de lieu de réunion. Simon prit la parole :

-Amis ,vous me reconnaissez ! Je suis Simon Monteban le proscrit libéré de la Bastille par le peuple de Paris qui a brulé cette prison symbole de la monarchie absolue . J'ai fait partie du groupe des philosophes à Paris et notre imprimerie aussi à été fermée et mes amis incarcérés. Aujourd'hui ,ils sont libres et se préparent à voire la révolution supprimer les privilèges et libérer les gens les campagnes … Mais il nous faut préserver l'ordre, la justice et la police pour que des abus , des pillages ne viennent pas ternir notre grande révolution.Amis je me présente à vous pour assumer la responsabilité de commissaire du peuple charge de l'ordre public de la justice et de la police . Voulez vous de moi ? C'est à vous que je le demande !

-Oui ! Hourra ! 

Une immense clameur s'éleva dans la salle .

Simon poursuivit 

-Amis j'ai besoin de quatre volontaires .Il nous reste à arrêter un grand criminel qui a sévi chez nous : celui des Hautes Chaumes .Les policiers du Roi n'ont pas voulu accomplir jusqu'au bout leur devoir .La mission de la révolution est de protéger son peuple contre ses ennemis et parmi eux les tueurs les criminels de droit commun.

Quatre jeunes gens se présentèrent. 

-Eh bien hommes enfants femmes, nous constituons ce jour la milice de Chalmazel avec Robert ici présent restaurateur,vous quatre et moi-même , votre supérieur.

-Et moi également Baudry ancien policier au service du peuple !

Simon fut étonné comme la foule ,mais accepta ce ralliement.

Baudry avait pris du retard sur Simon qu'il devait surveiller et suivre de Paris à Chalmazel. Il n'avait rejoint le village du Forez que trois jours après . 

Simon le fit pénétrer dans une petite salle à l 'écart dans l'auberge et lui fit part de ses soupçons concernant un des italiens.

-Bravo  et merci !! Allons confondre cet italien. S'esclama Baudry

-Pourquoi merci , demanda crédule Simon.

Baudry ajouta 

-C'est une affaire personnelle.Je vous en dirai plus long , plus tard...Merci aussi pour Jeanret !

Simon restait sans voix

-Vous l'avez sauvé et conduit auprès de votre épouse  ! J'ai tout vu : j'ai assisté à tout ! Confirma Baudry

Les deux hommes rejoignirent les cinq autres nouveaux policiers .Ils se rendirent auprès des italiens . L'un d'entre eux repartit aussitôt : c'était Julio .

Restaient trois hommes . Les deux amis de Julio furent conviés à le rejoindre L'homme qui restait avait effectivement des pansements aux joues et un autre à la main droite.

Simon l'interrogea :

-Vous vous êtes blessé ou on vous a mordu ?

-Je me suis blessé avec une racine je suis tombé dessus.

-Décidément (railla Baudry ) vous n'avez pas de chance avec les arbres ! Etes -vous certain que c'est là votre vrai métier : bucheron ?

Face à sept hommes , le suspect restait de marbre et ne manquait pas d'aplomb :

-Vous me voulez quoi ? 

Simon prit la parole solennellement 

-Vous inculper pour meurtre et tentatives de meurtres ! Quatre meurtres commis ici et trois tentatives d 'homicides commis également ici ces derniers jours ;

L'homme se mit à rire ! 

-Voyez vous ça ? Hi Hi !

-Oui voyons cela ! hurla Robert en lui arrachant les deux pansements des joues. L'homme n'eut pas le temps de se protéger avec les mains.

Sous le pansement , la joue droite était lisse et ne portait aucune blessure mais sous le second pansement de la joue gauche une balafre profonde y avait été dissimulée .Furieux Robert arracha ce qui devait être une perruque rousse et effectivement sous cet apparat apparut une chevelure noire volumineuse retenu en arrière par un ruban .

L'aubergiste s'écria : 

-C'est bien lui je le reconnais , il a cette balafre , et ces cheveux noirs en catogan . il était venu parler avec ce pauvre détective !

Baudry était sans voix ,tout comme Simon. 

-Une accusation sur une hypothétique visite dans une auberge . C'est bien maigre ! Je suis italien je vis en Italie, des balafres plein d'hommes en ont , ce n'est pas une preuve ! Ni mes cheveux ! Voyez vous chez nous nous avons tous la même couleur de cheveux : noir corbeau !

-Mais Vous ,vous êtes la preuve vivante ! S'écria Baudry. Puis s'adressant à Simon 

-Vous confirmez Monteban que cet homme est notre preuve vivante ? qu'il est l'assassin ?

-Bien sur que je confirme ! .

-Qu'est ce que vous voulez dire par là  ? Grommela l'italien balafré ? Je ne comprends rien , Moi une preuve vivante et quoi ?

-Croyez -moi ,nous allons enquêter sur tout votre passé ! Dit Baudry jusqu'à aujourd'hui .Mais d'abord pourquoi vouloir venger le vieux soldat et avoir assassiné ce « vaut rien « de Dumont dit Châtaigne ?

-Enquêter ? Votre pays est à feu et à sang ...il a d'autres priorités ! Quant au vieux soldat je ne sais pas de quoi vous parlez ! Laissez -moi en paix ! Vous n'avez rien contre moi !

-Nous avons Vous ! Sourit Baudry.

 

L'italien balafré fut conduit dans un ancien cachot du château de Chalmazel. Simon avait pris une décision. Baudry fut d'accord :

-Demain nous partirons tous les sept et le prisonnier pour Paris pour qu'il soit jugé comme il se doit .

-Pour le confondre avec Jeanret ! ajouta Baudry

-Oui il faut que le meurtrier des Hautes Chaumes soit enfin identifié et punit pour que la paix revienne dans notre village.

-Il faut un exemple de la justice populaire et révolutionnaire ! Conclut un des quatre volontaires .

 

 

 

Tag(s) : #chapitre 17 retour à Forez montagne, #Roman les hautes chaumes
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